Aurélie
Van Der Tas

Antidépresseur

Et autres microfictions 2018 par Régis Jauffret

Antidépresseur est une courte nouvelle qui relate l'histoire d'un homme ayant perdu sa femme et sa fille lors d'un crash d'avion dans lequel seul son chien a survécu.
Celui-ci retourne auprès de son maîre mais mène desormais une vie solitaire et indépendante. L'animal étant déprimé suite à l'accident, l'homme lui donne des antidépresseurs. Le chien se rétablit. Un lien renait. Quelques années s'écoulent, le chien meurt à son tour. Lorsque l'homme se rend sur la tombe de l'animal et se met a regretter que la bête ait survécu et non son enfant.

Deux couvertures possibles illustrant cette nouvelle ont été réalisées, la première par linogravure et la seconde par une photographie.

Première proposition de couverture

Dans cette linogravure, les gouttes de pluie en réserve s’écrasent sur les murs au coin desquelles, posée négligemment, la gamelle du chien contient les pillules d’un bleu dont aurait été fait le ciel si le temps avait été autre.

Sur la gamelle, l’inscription «anti-» est séparée de sa moitié «dépresseur», posée au sol. Creusant par la même occasion l’écart entre le contenu de la gamelle et l’environnement dans lequel il s’inscrit, le récipient se fait la frontière entre le fantasme hallucinogène des pillules et la réalité de la pluie dont on retrouve le blanc dans les pillules ainsi que le noir de la vie dépeinte dans la nouvelle, noir traversé de part en part par la réserve qui rejoint le cadre blanc de l’image. Par leur forme arrondie, les lignes composée par «dépresseur» et par «et autres microfictions 2018 par» deviennent les échos de la gamelle aux pillules.

Enfin, la forme du dessin des lettres renvoit à la dureté de la réalité que vit le chien: par son angularité, elle prouve que la réalité dans laquelle vit le chien est belle et bien aussi dur que le fond noir le laisse paraître, et par la distortion de ses courbes que son seul échappatoir est bel et bien la consommation de ces pillules.

Deuxième proposition de couverture

L’environnement de l’image est calme et sinistre et se fait ainsi l’annonciateur de la dichotomie du récit, dont les pillules sont l’objet. C’est effectivement dans la beauté lugubre de ce cimetière que les deux tombes accrochent d’abord l’œil du spectateur.

Dans un premier temps, c’est bien face à une simple paire de pierres tombales que le spectateur croit se trouver. Ensuite, le texte qui naît de la terre se dresse comme une troisième sépulture, plus haute que les deux autres, et dont le blanc semble disparaître avec le ciel. Ce sentiment est accentué par le fait que la typographie semble avoir été taillée dans le marbre.

Finalement, les ombres de nos deux protagonistes attirent discrrètement notre œil qui finit par lire la forme d’un chien sous la deuxième tombe. L’image reprend presque entièrement un vocabulaire visuel auquel le spectateur est familier, en le déclinant suffisament peu pour qu’il continue à comprendre de quoi il en retourne, et suffisament pour qu’il se questionne sur l’étrangeté de la situation et sur son caractère fantastique.